Chapitre 2 de la Règle de saint Benoît (2015)




Chapitre 2 de la Règle de saint Benoît (2015)
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Commentaire du Chapitre 2 de la Règle de saint Benoît

 

1 L'abbé qui est jugé digne de gouverner le monastère

doit se souvenir sans cesse du nom qu'on lui donne,

et justifier par sa manière de vivre son titre de supérieur.

2 En effet, la foi nous fait estimer qu'il tient, dans le monastère,

la place du Christ,

comme il en porte le titre,

3 d'après ces paroles de l'Apôtre :

Vous avez reçu l'esprit d'adoption filiale,

qui nous pousse à crier : « Abba », c'est-à-dire « Père ».

 

Commentaire RB 2,1-3

 

Benoît reconnaît la paternité de l’abbé, et l’originalité de la RB réside dans le fondement théologique de cette paternité : l’abbé est père en raison de la paternité du Christ et parce qu’il tient la place du Christ-Père : « On croit que l’abbé tient au monastère la place du Christ dont il porte le titre,comme dit l’Apôtre : “Vous avez reçu l’esprit d’adoption filiale, dans lequelnous crions Abba, Père !” »1 (Rm 8, 15) [RB 2, 2-3].

L’utilisation de ce verset de l’Épître aux Romains est outrancière, elle attribue au Christ les prérogatives du Père ; elle n’en dégage pas moins une profonde perception du mystère de la Trinité.

Le Christ est Père parce qu’il introduit les hommes dans le mystère de la Trinité et en faitdes fils. Le Christ est Père, en tant qu’Il est Sauveur.

Il découle de cette paternité du Christ une tendresse. Elle rejaillit sur l’abbé qui tient au monastère la place du Christ. Chez Benoît, la paternité, qui revient comme un leitmotiv, et éclaire toute la mission de l’abbé.

Cependant, de même que le Christ disparaît à nos yeux pour conduire les hommes au Père qui les reconnaît comme ses fils, de même l’abbé exerce samission de paternité à l’instar du Christ, en le laissant agir en lui et par lui ; il s’efface pour qu’advienne un homme libéré de ses passions et qui se tientdevant le Père des cieux en fils véritable. Telle est la mission que Benoît assigne à l’abbé en lui confiant une fonction de paternité qui n’est plusseulement fondée sur la capacité à guider des disciples, mais sur le mystère d’une présence sacramentelle qui s’efface pour désigner, et permet au Christde réaliser la rencontre entre chaque moine et le Père des cieux.

 

4 L'abbé ne doit donc rien enseigner,

rien établir ou prescrire

qui s'écarte des préceptes du Seigneur ;

5 mais ses ordres et son enseignement

doivent se répandre dans l’esprit de ses disciples

comme le levain de la divine justice.

6 L'abbé doit se souvenir sans cesse

qu'au redoutable jugement de Dieu,

il sera examiné sur deux points :

son enseignement et l'obéissance de ses disciples.

7 Qu'il sache qu’on regardera comme faute du pasteur

tout ce qui manquera aux brebis du Père de famille.

8 En revanche, s'il a consacré toute sa sollicitude de pasteur

à un troupeau turbulent et indocile,

s'il a dépensé tous ses soins

pour guérir leurs actions maladives,

9 alors il sera lui-même absous au tribunal divin,

et il pourra dire au Seigneur avec le Prophète :

Je n'ai point dissimulé ta justice dans mon coeur,

j'ai annoncé ta vérité et ton salut ;

mais ils n'en ont fait aucun cas,

et ils m'ont méprisé.

10 Alors les brebis qui ont résisté à tous ses soins

auront pour châtiment la mort qui fondra sur elles.

 

Commentaire RB 2,4-10

 

Ce passage se rattache à ce qui précède par l’expression « c’est pourquoi » (RB 2, 4a). C’est bien parce que l’Abbé tient la place du Christ dans la communauté (RB 2, 1-3), qu’il doit s’effacer (dans son enseignement, dans les structures qu’il met en place, dans ses ordres même) pour que le Christ apparaisse comme le seul et le véritable Maître de la communauté ; Lui seul conduit les hommes au Père en agissant avec une paternité qu’il a expérimenté et qui est à la source de son être de Fils.

L’Abbé s’efface en tant qu’il renonce à des vues trop humaines sur les hommes et sur les choses pour s’appuyer sur une expérience trinitaire vécue non pas comme le Christ (dans la plénitude d’une humanité réelle et totale non marquée par le péché), mais par une expérience de la blessure du péché, de la conscience de sa faiblesse et de la toute-puissance de la miséricorde de Dieu.

C’est son humanité blessée et sauvée par la grâce de Dieu qui le soutiendra et l’éclairera dans la prudence de son enseignement, du gouvernement des hommes et de l’établissement des ordonnances.

Alors, « ses ordres et ses enseignements agiront comme un ferment pour répandre la justice de Dieu dans le cœur de ses disciples » (RB 2, 5), c’est-à-dire selon l’exégèse paulinienne, l’expérience de la grâce de Dieu. La « justice » chrétienne n’est pas celle de la Loi du talion, mais bien celle d’un Dieu Père qui proclame la « justice » du pécheur qui s’est repenti. La relation de communion n’est pas fondée sur la mérite et l’observance, mais bien sur la miséricorde de Dieu qui rend possible la fraternité et le progrès spirituel.

Les versets suivants développent cette vision théologique et spirituelle (si chère à Augustin et reprise par Benoît).

Aux versets 6 et 7, Benoît, pour définir la mission de l’Abbé, met en lien l’enseignement de l’abbé et l’obéissance des frères. Si la parole de l’Abbé n’est pas celle d’un père, mais celle d’un juge qui ne parle que pour redresser, corriger et menacer, il est responsable de la désobéissance des disciples. Seule l’appropriation de la miséricorde de Dieu fait apparaître l’obéissance, non pas celle des esclaves, mais celle des fils.

Cependant, il en va de l’expérience de la miséricorde comme de la proposition de la foi, elle ne s’impose pas. Elle peut être refusée car il n’est pas facile à l’homme de passer de la méfiance à la confiance, de la crainte à l’amour. Le Christ a voulu avoir besoin de nous pour continuer dans le cœur des hommes, son œuvre de Libérateur et de Sauveur. Cependant, pas plus pour Lui que pour nous, n’existe une assurance de réussite. Benoît renvoie simplement l’Abbé à la nécessité d’aimer, à faire « tout ce qu’il peut »…

Face au refus de l’amour, il ne reste que le témoignage silencieux de l’amour et l’espérance immense de la miséricorde de Dieu qui peut parvenir à briser les murailles de toutes les résistances, parfois seulement au moment du passage.

 

11 Celui qui reçoit le nom d'abbé,

doit donc gouverner ses disciples par un double enseignement :

12 il leur montrera tout ce qui est bon et saint

ceux qui sont réceptifs

il enseignera par ses paroles les préceptes du Seigneur ;

aux durs de coeur et aux simples,

il les fera voir par son exemple.

13 C'est par ses actions qu'il doit apprendre à ses disciples

à éviter ce qui est contraire à la loi divine,

de peur qu'après avoir prêché aux autres

il ne soit lui-même réprouvé,

14 et que Dieu ne lui dise un jour

à cause de ses fautes :

Pourquoi proclames-tu mes lois

et as-tu toujours mon alliance à la bouche,

alors que toi, tu détestes la discipline

et que tu rejettes derrière toi mes paroles ?

15 Ou encore :

Toi qui apercevais une paille dans l'œil de ton frère,

tu ne voyais pas la poutre dans le tien !

 

Commentaire RB 2, 11-15

 

De même que les versets 4-10 sont reliés au début du chapitre 2 (versets 1-3) par le terme latin ideoque (c’est pourquoi), les versets 11-15 le sont pareillement aux versets 4-10 par le terme ergo (donc).

Nous avons vu que parce que l’Abbé tient la place du Christ dans la communauté (RB 2, 1-3), il doit s’effacer pour que le Christ apparaisse comme le seul et le véritable Maître de la communauté ; l’Abbé s’efface – comme le Christ s’est effacé – avec un seul désir : permettre à chaque frère de découvrir la paternité de Dieu, c’est-à-dire sa miséricorde et sa tendresse. Il n’est pas là pour juger, punir, exercer une autorité brutale, mais pour permettre à chacun à partir de la blessure de son péché et de la conscience de sa faiblesse de faire l’expérience de la toute-puissance de la miséricorde de Dieu.

Peu à peu, il découvrira que, grâce à son amour paternel, certains frères deviennent peu à peu capables de réaliser ce dont ils étaient incapables avant, à savoir obéir (c’est-à-dire faire confiance et s’abandonner à la volonté de Dieu paisiblement).

Ce matin, Benoît montre l’importance de l’enseignement de l’abbé qui s’exerce de deux manières : sa parole (pour nous, à Bouaké, le commentaire de Règle ou l’homélie) et sa propre vie. Pour certains frères, la parole suffit à les ramener à l’expérience de la paternité de Dieu. Cela suppose que la doctrine de l’abbé soit humaine, soit un écho à ces versets de l’Évangile de Mat 11, 28-30 si chers aux moines : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je referai vos forces. Mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur ».

Pour d’autres frères, la parole quotidienne de l’abbé coule comme l’eau sur les plumes d’un canard, il reste alors son exemple personnel, c’est-à-dire sa manière de gouverner la communauté : à la fois humble et effacé comme le Christ, attentif aux frères, se refusant de les laisser livrés à leurs défauts, plein de miséricorde et en même temps exigeant, tout en sachant que lui-même est pécheur. Dans l’Évangile, seule la conscience d’être pécheur nous rend capable d’être miséricordieux.

L’abbé n’est pas un saint, c’est un pauvre homme comme les autres que le Christ est venu sauver par son amour ; il le sait et il doit agir envers ses frères par sa parole et par ses actes comme le Christ lui-même a agi, avec une exigence évangélique, c’est-à-dire à la fois avec le courage d’intervenir dans la vie des frères et aussi avec une immense patience et une immense miséricorde.

Cette mission que Benoît confie à l’abbé est une mission impossible, qui le dépasse totalement. Ce n’est pas avec la volonté humaine qu’il y parviendra, mais uniquement avec ce souvenir constant de sa propre misère qui lui enseignera les voies de la miséricorde.

Cette mission que Benoît confie à l’abbé, c’est à chacun de nous qu’il la confie, c’est ainsi que nous devons vivre les uns les autres : conscience de sa propre misère, responsabilité les uns vis-à-vis des autres, et enfin expérience de la miséricorde et de l’amour patient.

 

16 Que l'abbé ne fasse point de discrimination entre les personnes

dans le monastère.

17 Qu’il n’aime pas l’un plus que l’autre,

à moins qu’il ne le trouve meilleur

dans ses actes et son obéissance.

18 Qu’il ne préfère pas l’homme libre

à celui qui vient de la condition servile,

à moins qu'il y ait à cela une cause raisonnable.

19 Si, pour un juste motif,

l'abbé pense pouvoir faire cette distinction,

qu'il en use à l'égard de chacun,

quelle que soit sa condition ;

sinon, que chaque frère garde sa place :

20 en effet, libres ou esclaves,

nous sommes tous un dans le Christ,

et nous portons tous les mêmes armes

au service d'un même Seigneur,

parce qu'il n'y a pas acception de personnes auprès de Dieu.

21 Ce qui nous distingue seulement à ses yeux,

c'est qu'il nous trouve meilleurs que d'autres

en bonnes oeuvres et en humilité.

22 Que l'abbé ait donc une égale charité envers tous ;

il n’y aura pour tous qu’une même discipline,

appliquée selon les mérites de chacun.

 

 

Commentaire RB 2,16-22

 

Pour Benoît, l’égalité n’est pas l’égalitarisme car Benoît est humain et que l’égalitarisme n’est pas humain, n’est pas chrétien. Nous sommes tous égaux mais créés différents par Dieu. Nos capacités et nos limites sont différentes et l’abbé doit y être attentif, même s’il doit veiller à ce que les frères ne s’enferment pas dans leurs limites.

Cette mission de l’Abbé est aussi celle des frères. Nous avons à nous accepter dans nos différences de caractère, de sensibilité, de culture pour vivre dans l’unité.

Le génie de la Règle de saint Benoît est d’avoir réussi à faire vivre ensemble des ennemis politiques, des nobles romains et des barbares goths et ostrogoths que tout opposait. Cela suppose beaucoup de patience et de miséricorde ; de même que les autres le sont avec moi, je dois aussi être patient et miséricordieux envers eux.

Dans ces versets, on voit que le respect des différences est difficile à gérer. De fait, lorsque l’abbé permet à un frère, ou donne à un frère, quelque chose qu’il ne donne pas à un autre… la tentation est de penser que l’abbé ne m’aime pas ou qu’il est injuste.

Benoît tient les deux choses :

  • L’abbé n’aime pas un frère plus qu’un autre.
  • L’abbé ne donne pas la même chose à tous les frères car tous les frères n’ont pas besoin des mêmes choses ou n’ont pas la capacité de faire les mêmes choses.

Tenir ces deux éléments est un point capital de notre vie. Refuser d’accepter que l’égalité n’a rien à voir avec l’égalitarisme c’est prendre le risque de tomber dans la jalousie et c’est aussi empêcher la communauté de se construire et d’avancer.

Ce n’est pas toujours facile pour tout le monde et il est important que l’abbé fasse très attention de ne pas faire de différence entre les frères et surtout qu’il ne rejette aucun frère, mais que tous se sentent aimés.

Une sœur disait à propos d’une ancienne abbesse, même lorsqu’elle nous refusait quelque chose on se sentait aimé par elle. Il me semble que cela est le sommet de l’amour auquel la Règle nous invite.

 

23 Dans son enseignement,

l'abbé doit toujours garder cette règle donnée par l'Apôtre,

quand il dit :

Reprends, exhorte, menace.

24 Cela veut dire que, s'adaptant aux besoins du moment,

mêlant la douceur aux menaces,

il montrera tantôt la sévérité d'un maître,

tantôt la tendresse d'un père.

25 Cela veut dire qu'il doit reprendre plus durement

ceux qui sont indisciplinés et turbulents,

tandis qu'il lui suffira d'exhorter à faire de nouveaux progrès

ceux qui sont dociles, doux et patients.

Quant aux négligents et rebelles,

nous l'avertissons de les menacer et de les corriger.

26 Qu'il ne ferme pas les yeux sur les fautes des coupables ;

mais qu'il s'applique, autant qu'il le pourra,

à les retrancher jusqu'à la racine,

dès qu'elles commencent à paraître,

se souvenant du malheur d'Eli, grand prêtre de Silo.

27 Pour ceux qui sont délicats et capables d'intelligence,

il lui suffira de les reprendre une fois ou deux par des

admonitions ;

28 mais ceux qui sont mauvais et durs de coeur,

orgueilleux ou rebelles,

il les réprimera par des coups et autres châtiments corporels,

dès qu'ils commenceront à mal faire,

se souvenant qu'il est écrit :

L'insensé ne se corrige pas par des paroles.

29 Et encore :

Frappe ton fils avec le bâton,

et tu délivreras son âme de la mort.

30 L'abbé doit se rappeler sans cesse ce qu'il est,

se souvenir du titre qu'il porte,

et savoir qu'il est exigé davantage

de celui à qui il a été davantage donné.

 

Commentaire RB 2,23-30

 

Ces quelques versets de la Règle commentent le verset de 2 Tim 2, 4 : « Fais des reproches, encourage, menace » qui est le premier verset de ce passage lu ce matin.

Au verset suivant, Benoit dit clairement : « L’abbé change sa façon de faire en tenant compte des moments et des personnes » et tout le reste explique les diverses attitudes de l’Abbé qui varient en fonction des moments et des personnes.

Rappelons-nous que la mission première que Benoît confie à l’abbé est de ne pas laisser un frère qui va à la dérive de côté, mais de tout faire pour l’aider, comme un médecin chirurgien qui fait tout, qui essaye tout ce qui est possible pour aider un malade à guérir.

Certains moyens que préconise ici Benoît ne seraient pas possible aujourd’hui culturellement, en particulier le fait de frapper. Ceci dit, n’oublions pas qu’il y avait dans la communauté de Benoît des anciens soldats rebelles qui étaient marqués par le pillage et la violence et qui ne comprenaient peut-être que ce langage…

Le rôle du supérieur dans une communauté monastique n’est donc pas de laisser les frères tranquilles, sinon le Seigneur lui demandera des comptes : qu’as-tu fait pour ton frère ? Conseiller certes, mais aussi reprendre, faire des remarques, c’est la mission de l’abbé et, en entrant en monastère, nous avons accepté que, pendant toute notre vie, chacun de nous soit ainsi bousculé dans sa vie par l’obéissance et c’est cela qui fera de nous des hommes humbles et disponibles à l’œuvre de Dieu.

 

31 Qu'il considère aussi combien est difficile et ardue

la charge qu'il a reçue de conduire les âmes,

et de se mettre au service de tempéraments fort divers.

Tel a besoin d'être conduit par la douceur,

tel autre par les réprimandes,

tel encore par la persuasion.

32 Il doit donc se conformer et s'adapter

aux dispositions et à l'intelligence de chacun,

en sorte qu’il puisse

non seulement préserver de tout dommage

le troupeau qui lui est confié,

mais encore se réjouir

de l'accroissement de ce bon troupeau.

33 Avant tout, qu'il se garde de négliger

ou de compter pour peu

le salut des âmes qui lui sont confiées,

donnant plus de soins aux choses transitoires,

terrestres et caduques ;

34 mais qu'il considère toujours

que ce sont des âmes qu'il a reçues à conduire

et qu'il en devra rendre compte.

35 Et pour qu'il ne soit pas tenté

de se préoccuper à l'excès

de la modicité éventuelle des ressources du monastère,

il se souviendra qu'il est écrit :

Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice,

et le reste vous sera donné par surcroît.

Et encore :

36 Rien ne manque à ceux qui le craignent.

37 Qu'il sache que ce sont des âmes qu'il a reçues à conduire

et qu'il soit prêt à en rendre compte.

38 Quel que soit le nombre des frères confiés à ses soins,

qu'il tienne pour certain qu'au jour du jugement

il devra rendre compte au Seigneur de toutes ces âmes,

et de plus, sans nul doute,

de la sienne propre.

39 Ainsi préoccupé constamment

de l'examen que subira un jour le pasteur

au sujet des brebis à lui confiées,

ce compte qu'il doit rendre d'autrui

le rendra plus attentif

en ce qui le concerne personnellement

40 et tandis qu'il procurera l'amendement des autres

par ses instructions,

il se corrigera lui-même de ses propres défauts.

 

Commentaire RB 2,29-40

 

Dans la tradition monastique, l’Abbé, pour devenir père spirituel, doit avoir mené le combat spirituel contre les passions. Ce combat, comme celui de Jacob avec l’ange dans le livre de la Genèse, fait de lui un être dont le comportement est cohérent avec ses paroles, un homme libéré de l’esclavage de ses passions. Il fait aussi de lui un homme humble qui se sait vulnérable et qui compte sur Dieu seul.

C’est à cette même expérience que doit être conduit le disciple. Pour l’y aider, le maître exerce sa charge avec la plus grande humanité :

« Quand il corrige les autres, il est prudent. Il n’exagère rien, sinon, en grattant trop la rouille, il va trouer le plat. Il n’oublie jamais qu’il est fragile, lui aussi. Il se rappelle qu’il ne faut pas écraser le roseau déjà fendu –Mt 12, 20 – (…). (RB 64, 12‑13)

Le supérieur monastique n’est pas un chef, c’est un père qui a souffert de son péché et qui a découvert la tendresse de Dieu, seul, un homme, « blessé » dans le combat spirituel, est humble. Grâce à cette blessure et à l’humilité qui en découle, il connaît l’œuvre de Dieu :

« Un frère qui avait péché fut chassé de l’église par le prêtre ; et Abba Bessarion se leva et sortit avec lui en disant : “Moi aussi, je suis un pécheur” (…) Il y eut une réunion à Scété, où les pères parlèrent d’un frère qui avait péché. Mais Abba Pior garda le silence. Ensuite, il se leva, sortit prendre un sac qu’il remplit de sable et le porta sur son dos ; et, mettant du sable dans une petite corbeille, il la porta par‑devant. Les pères lui ayant demandé ce que cela pouvait signifier, il dit : “Ce sac qui contient beaucoup de sable, ce sont mes fautes : elles sont nombreuses, mais je les ai laissées derrière moi, puisque je ne me donne pas de mal pour les pleurer. Et la petite corbeille que voici devant moi, c’est les péchés du frère, et je m’en occupe en jugeant mon frère. Mais il ne faut pas agir ainsi, mais plutôt porter devant moi mes fautes et m’en occuper et supplier Dieu de me les pardonner”. En l’entendant les pères dirent : “Vraiment, c’est là la voie du salut”.» (CS Guy IX, 2 et IX, 13 ; cf. Moïse 2).


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